Quand deux figures majeures du rap guinéen, Keckson et Straiker, unissent leurs forces sur un morceau, l’événement ne peut qu’attirer l’attention.
Le titre HIP-HOP est une véritable déclaration d’amour à cette culture, un voyage à travers les influences et les références qui ont façonné leur musique.
Keckson et Straiker : deux artistes différents mais qui ont une même passion
La rencontre entre les deux n’est pas anodine, elle symbolise une connexion entre deux générations de rappeurs et met en lumière la richesse et la diversité du hip-hop guinéen.
Avec HIP-HOP, Keckson et Straiker ne se contentent pas de livrer un simple banger. Ils rendent hommage à une culture qui les a forgés, citant des figures emblématiques, revisitant des classiques et réaffirmant leur engagement envers un rap authentique et affirmé.
Dans cet édito, nous allons plonger dans l’univers de ce morceau, en analysant ses références, son message et son potentiel impact.
LA PROD:
Dès les premières secondes de la prod de Hip-Hop transporte l’auditeur dans un univers où les sonorités classiques du rap se mêlent à des influences locales. On y retrouve une rythmique classique, des basses profondes et une mélodie subtilement teintée de balafon, un instrument traditionnel mandingue qui ajoute une touche guinéenne au morceau.
L’un des éléments marquants de la prod est son hommage au morceau “Menace de mort” de Youssoupha, un classique du rap français.
Quelques phases qui ont attiré notre attention:
COUPLET 1 : Keckson, entre hommage et affirmation
“Art de rue comme dirait Fonky Family”
En citant la Fonky Family, groupe mythique du rap français, Keckson s’inscrit dans une tradition de rappeurs, porteurs d’un message fort. Ce n’est pas une simple phase, mais une manière de rappeler que le hip-hop est avant tout un art de rue, ancré dans la réalité et porteur de revendications.
“Je vois la concurrence alignée comme s’ils fêtaient les rameaux”
Avec cette métaphore, il souligne un statut leader sur la scène guinéenne, suggérant que les autres rappeurs ne sont que des spectateurs de sa présence dans le rap depuis toutes ces années .
“Mon hip-hop d’égocentrique beaucoup le qualifie, musique graffiti”
Ici, Keckson assume pleinement son style et l’essence, souvent perçu comme un genre égocentrique. Il fait un parallèle avec le graffiti, un élément fondateur de la culture hip-hop, rappelant ainsi que le rap, comme le street art, est une expression brute et authentique.
COUPLET 1: Straiker, entre ego-trip et engagement
Straiker prend le relais avec une série de références à des figures du rap américain :
Traduction du la phase en poular: “C’est Straiker aka Jay-Z, j’ai un uzi, j’ai du stock comme usine, le taf est easy, légendaire comme Eazy ou Weezy”
En citant Jay-Z, Eazy-E et Lil Wayne (Weezy), il revendique son ambition et son talent, affirmant qu’il appartient à la lignée des grands rappeurs.
Mais Straiker ne se limite pas à l’ego-trip. Il exprime également son engagement :
“Celui qui choisit Sory Maoudho a choisi le hip-hop, j’ai choisi d’écrire et d’enseigner des communautés, certains ont choisi TikTok”
Ici, il oppose son choix artistique à ceux qui privilégient une approche plus commerciale et éphémère. Il insiste sur son rôle de transmetteur de savoir et de valeurs, se positionnant comme un rappeur conscient, soucieux de son impact sur son public.
Le REFRAIN de Hip-Hop ne passe pas inaperçu et est revendicatif :
“Nettoie le game comme la pédicure, gravé dans la roche sont nos écritures, Keckson Straiker ennemis capitule, on vient chauffer le game c’est la canicule”
L’expression “gravé dans la roche sont nos écritures” fait directement référence à l’album “Gravé dans la roche” de Sniper, groupe engagé du rap français. Ce clin d’œil renforce l’idée que Keckson et Straiker veulent laisser une trace indélébile avec ce morceau.
COUPLET FINAL : un hommage puissant au rap guinéen
Dans le dernier couplet de Hip-Hop, Keckson et Straiker rendent un vibrant hommage à la scène hip-hop guinéenne, en citant plusieurs figures emblématiques du mouvement. Ce passage illustre leur respect pour les anciens tout en affirmant leur place dans la nouvelle génération de rappeurs.
Straiker : entre héritage et affirmation
Straiker ouvre ce couplet avec une entrée bouillante alternant entre pular et français.
“Je me promène à Conakry comme Keckson, je klaxonne dans ma BM”
Ici, Straiker fait un clin d’œil direct à Keckson en reprenant le titre de l’un de ses morceaux phares, Conakry. Ce titre, devenu un classique du rap guinéen, est un hymne urbain décrivant le quotidien et l’ambiance de la capitale. En réutilisant cette référence, Straiker montre non seulement son admiration pour son collaborateur, mais inscrit également Hip-Hop dans la continuité de ce morceau emblématique.
“Sur le trône en lévitation
Action, J’arrose l’arbre du rap avec mes vers avec ma poésie
Si j’ai la plume à Lord Kemy, je plaide la légitime défense”
Dans cette punchline, Straiker évoque deux légendes du rap guinéen : Lord Kemy et son groupe Légitime Défense.
- Lord Kemy, figure incontournable du rap conscient en Guinée, est connu pour ses textes engagés et poétiques. En affirmant avoir “la plume à Lord Kemy”, Straiker revendique une écriture profonde à l’image du rappeur.
- Légitime Défense, le groupe dont Lord Kemy était membre, est également mentionné. Straiker joue avec le double sens du nom du groupe et le concept juridique de légitime défense, pour souligner que ses textes sont une réponse aux injustices et un combat à travers la musique.
“Méthodique (methodik) comme Yoriken, (bougui-bhè mi wi basta) j’les ai tej et je dis basta”
Ici, il cite Methodik, un autre groupe légendaire du rap guinéen, connu pour sa technique affûtée. Il mentionne également Yoriken, un des membres du groupe, dont la rigueur et la précision dans l’écriture ont marqué le mouvement et joue avec le nom de Bougui basta en poular l’autre membre important du groupe. En associant son propre style à ces références, Straiker se positionne comme un héritier du rap technique et conscient porté par ces pionniers.
Keckson : un clin d’œil à l’ancienne génération
Lorsque Keckson prend le relais, il poursuit cette série d’hommages en citant un autre groupe culte :
“Je suis en Foré Boma comme Kill point”
- Il fait référence au groupe Kill Point, qui a marqué l’histoire du rap guinéen avec son classique album Foré Boma. Citer cet album, rappelle l’importance de cette œuvre dans la construction du hip-hop local et montre son respect pour cette génération de pionniers.
- D’un autre côté, “Foré Boma” désigne aussi une paire de chaussures contrefaites portée par les jeunes qui n’ont pas les moyens de porter les vraies. En associant cette référence à Kill Point, Keckson ancre son hommage dans une dimension à la fois culturelle et générationnelle.
Un passage clé dans l’histoire du rap guinéen
En intégrant ces multiples références, Keckson et Straiker ne se contentent pas de montrer leur culture hip-hop : ils revendiquent leur appartenance à un héritage. Hip-Hop devient ainsi une passerelle entre les anciennes et les nouvelles générations, illustrant la transmission et la continuité du mouvement rap en Guinée.
Ce couplet final est une preuve que le rap guinéen a une histoire riche et que la nouvelle génération en est consciente. Keckson et Straiker ne cherchent pas à effacer le passé, mais à s’en inspirer pour construire l’avenir.
Avec Hip-Hop, Keckson et Straiker livrent un morceau dense, riche en références et en punchlines. Ils y mêlent ego-trip, engagement et hommage, affirmant leur place au sein du rap guinéen tout en rendant hommage aux grandes figures qui les ont influencés.
Ce titre a tout pour marquer la scène guinéenne : une belle instru, des paroles puissantes et une volonté affirmée de laisser une empreinte.
Avec des morceaux comme Hip-Hop, Keckson et Straiker contribuent à faire évoluer la scène locale, en restant fidèles aux valeurs du hip-hop tout en y intégrant leur propre identité.
La transmission et les références sont au cœur de cette culture. Et grâce à des collaborations comme celle-ci, le rap guinéen va continuer de grandir, en s’inspirant du passé pour mieux bâtir l’avenir.
SEUL BÉMOL: LA SIMPLICITÉ DU CLIP
On estime que sa simplicité contraste avec la richesse du morceau. Une production visuelle plus élaborée et dotée d’un budget plus conséquent aurait peut-être mieux servi l’ambition artistique de la chanson.